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Soigner en ligne, un art impossible ?
Il y a quelques années, j’ai réalisé à leur demande pour un site d’étudiant en médecine un cours en ligne succinct sur les allergies.
Ce site m’a permis de rencontrer beaucoup de personnes concernées par les allergies, d’apprendre du coup davantage sur cette maladie et ses implications et j’ai aussi reçu de très nombreux emails touchants de remerciements qui à eux seuls justifient l’énergie dépensée dans ce type de travail.
Mais finalement, il y a un effet que je n’avais pas imaginé aussi important au départ qui est devenu un problème : la demande de consultation « en ligne ».
Pourtant, sur la première page de ce site, et en bas de toutes les pages, une mention précise :
« Avertissement aux visiteurs : Aucune suite ne sera donnée aux messages demandant un diagnostic ou une conduite à tenir face à certains symptômes. En cas de problème, consulter un médecin est la seule attitude à adopter. Pour toute aide ou assistance complémentaire en cas de maladie grave et-ou rare, renseignez vous auprès de votre médecin et des associations de malades. »
Il ne se passe pourtant pas une journée sans mail de demande de conseil, d’avis, de diagnostic, de traitement ou de rendez-vous au point dans être arrivé à l’usage de filtres dans mon logiciel de messagerie qui me permette d’en faciliter le traitement (réponses types) ou l’absence de traitement : pas de réponse au mail reçu.
Je vous propose de disséquer un de ces mails pour en voir toutes les difficultés et les pièges multiples qui ne permettent pas de faire une réponse satisfaisante à cette personne.
Voici le mail :
« Bonjour
j'ai deux enfants de deux ans et 9mois et un bébé de 5 mois
les deux grands ont toujours la diarrhé ( selle liquide mais une fois par jour en général depuis toujours ( 2eme mois). Mon bébé lui n'à jamais fait une selle solide depuis qu'il est né comme il était mixte seins + lait infantil; on me disait que c'était normal. hORS DEPUIS LE MOIS d'août qu'il n'a plus le sein il a soi disant fait 4 gastro si j'écoute les médecins.
pour LES DEUX GRANDS ILS m'ont dit seulement en mars dernier : arretez tous les produits laitiers et dérivés mettez les au soja , hors le soja depuis tout petit leurs donnent des selles maldorante semi liquide et très foncé presque noires. Alors j'ai revu toutes mes habitudes culinaires pour leur faire une cuisine richen fer et calcium et je leurs donnent des laits végétaux amande et avoine essentiellement. Mais tout a quand meme pour conséquences que mes enfants sont toujours malades depuis petit surtout orl et diarrhées et ca continue sauf pour diarrhées. En définitif on leur a bousillé le foie et leur sytème immunitaire tout ça parce que je ne me suis pas fait confiance en tant que mère ( je suis très attentive et j'avais observé plusieur chose qui m'avait mis la puce à l'oreille )et que il y a une pression sociale abominable pour leurs faire incurgité du lait de vache et dérivé ( le papa la garderie les assistantes sociales et puerecultrice les beaux parents... ) c'est horrible comment rattrper le coup est-ce que c'est comme pour le soleil ont-il perdu de leurs système immunitaire comme il brulerais leurs capital soleil ? Si non que leurs donner pour les fortifier ?
E t pour le petit que faire ? Il veulent que lui donne PREGOMINE UN LAIT DE régime car il ne buvait pas pregestimil mais dans ce lait il y a du soja et de laprotéine de vache ! D e plus j'ai très bien compris ce que lepédiatre veut faire d'après lui ils sont déficients en suc ou je ne sais quoi pour digerer le lait de vache et il veut changer ça hors j'en ai marre de leur conneries contre nature si mes enfants ne peuvent pas assimiler lait de vache et compagnie c'est pas un prolèmes hormis pôur les escrocs de la santé les industriels du lait de vache qui après différentes recherche je m'en suis apercu et un des lait qui ressemble le moin au lait maternel. Dans le meme temps je n'ai aucune solution de remplacement le lait d'amande qui me parraissait etre le mieux est carencé en fer,acide folique, vitamine K1, oméga 3 et j'en passe... Que faire ??? et est-ce que au lieu que se soit mes enfants qui soit déficient est-ce que c'est pas plutot le contraire c'est nous autre qui somme déficient d'assimiler des choses qui encrasse notre corps ? au secours merci. »
Évidemment, un message qui comprend « bonjour » et « merci » est filtré chez moi comme devant être lu : c’est une marque de politesse et d’humanité suffisamment rare pour que ce mail retienne l’attention.
Un petit préambule sur l’intolérance aux protéines de lait me semble ici nécessaire.
Beaucoup d’enfants ont du mal à assimiler le lait de vache surtout dans leurs premiers jours de vie, un certain nombre d’entre eux ont un problème de digestion des sucres comme le lactose (intolérance au lactose, souvent passagère et frappant davantage les populations d’Afrique et d’Asie que les occidentaux), d’autres ont une allergie réelle à certaines protéines au lait de vache mais plus ou moins marquée qui là aussi guérit très souvent en quelques années.
Bref, le lait de vache pour le petit d’homme n’est pas la panacée, nous en étions convaincu depuis longtemps les cornes ne nous ayant pas poussé au front.
Il n’y a pas de solution universelle à ce problème et la conduite actuellement préconisée est d’établir sûrement le diagnostic d’une allergie aux protéines du lait et/ou d’une intolérance au lactose au travers de l’examen clinique, de l’histoire de la maladie, des tests cutanés, de la biologie et de l’évolution en fonction des solutions proposées.
Les solutions proposées sont, selon les cas, les hydrolysats de protéines de lait de vache en cas d’allergie, les laits de régime en cas d’intolérance digestive globale, l’administration de lactase en cas d’intolérance au lactose, les hydrolysats poussés en cas d’allergie aux protéines des hydrolysats simples.
Les solutions qui n’en sont pas sont : l’administration de laits de d’autres mammifères (chèvre, brebis etc.), l’administration de « laits de soja » (dont la teneur en phyto-œstrogène est finalement plus à craindre encore que l’allergénicité forte), l’administration de laits d’amande ou autres noix dont le potentiel allergénique n’est plus à démontrer.
Au-delà du problème de santé lié à la consommation de lait de vache, il existe d’authentiques problèmes liés à la consommation excessive de lait : on observe alors le développement d’une flore de putréfaction intestinale productrice d’histamine. Et l’histamine, de façon dose dépendante, entraîne des urticaires, des rhinites, des troubles digestifs divers qui seront guéris par un rééquilibrage de la flore.
Bref, le lait de vache peut poser des problèmes de santé : c’est vrai. Mais ils sont mineurs et anecdotiques à côté des qualités nutritionnelles de cet aliment pour les humains.
Le lait a mauvaise presse chez certains confrères adeptes de médecine parallèles mais aussi chez beaucoup d’adeptes de sectes où le scientisme et l’inexactitude se mêlent aux jugements définitifs et aux prédictions d’Apocalypses plus ou moins proches.
Je vous conseille la lecture critique de certains sites anti-lait :
http://pro.wanadoo.fr/bdvrevue/lait.htm
http://www.consciencedupeuple.com/html/le_lait.html
http://www.innovationsante.com/fichier.php ?id=435
Tous ces sites Web affirment de façon péremptoire que le lait de vache est un poison et que notre société court à sa perte en le buvant.
Pas une seule référence sérieuse ne vient étayer ce discours. Le propos alarmiste teinté du traditionnel « complot » des producteurs de lait de vache à l’encontre de l’honnête citoyen trouve assez facilement preneur.
Pourtant, certains sites Web de nutrition tentent bien de redonner ses lettres de noblesse au lait.
Parfois, ils le reprennent à leur avantage en vantant le lait...de chèvre mais également parfois pour essayer de corriger ces inepties auxquelles l’Internet fait si souvent écho.
Malheureusement, la manière est tellement maladroite (une publicité pour herbalife en page d’accueil à l’heure où j’écris ces lignes) que le fond est desservi par la forme.
Comment imaginer que le quidam arrivant sur le Web et cherchant des informations sur le lait ne puisse finalement pas croire qu’il est empoisonné ?
Tout ce qui est publié sur le net dessert la cause du lait de vache : pas de comité scientifique, pas de comité de lecture, aucune critique possible à ces prosélytes de l’anti-lait de vache : c’est un véritable flan !
Ce qui est certains, c’est que ces sites sont eux de véritables poisons pour l’information : asséner de grands discours portant sur l’usage du lait de vache en mêlant le vrai et le faux et en donnant mauvaise conscience aux mères vis-à-vis de leur petit : c’est une recette qui marche.
Pourtant : NON, IL N’EST PAS LAID DE BOIRE DU LAIT !
Le lait de vache n’est pas un aliment à diaboliser. Il a sa place dans l’alimentation du petit humain au même titre que la viande de bœuf, le petit pois ou la farine de blé. Il est préférable d’alimenter les bébés humains avec du lait humain mais faute de mieux, le lait de vache maternisé est une substitution correcte du point de vue nutritionnel.
Nous l’avons vu, ce mail est le reflet d’angoisses et de désarroi d’une maman vis-à-vis de ses enfants et de leur alimentation. Leur transit, leur développement, leur immunité, ne se passe pas comme la maman l’a rêvé et elle cherche légitimement une explication compréhensible à ces maux.
L’absence de réponse n’est pas une solution, mais il est impossible de répondre correctement aux nombreux mails de ce type qui arrivent aux médecins qui écrivent sur Internet.
Plusieurs solutions me semblent à privilégier pour permettre aux médecins et aux malades de trouver satisfaction :
Supprimer le mail du médecin des pages Internet pour éviter la tentation du mail de consultation.
Proposer un forum de discussion librement consultable sur le thème traité qui soit modéré par une équipe médicale.
Mettre en place une liste de discussion où plusieurs voix médicales et si possible plusieurs associations de malades pourront répondre aux angoisses légitimes des uns et des autres.
Pourquoi supprimer le contact direct du médecin par le malade sur Internet ?
Parce qu’en fait il ne s’agit pas de le supprimer réellement : il est nécessaire qu’en cas de besoin le médecin qui écrit sur Internet puisse être contacté pour être critiqué, pour qu’il se justifie voire même qu’il puisse corriger des expressions maladroites ou mal comprises.
Il ne s’agit donc pas de supprimer totalement le mail du médecin mais de le remettre à sa juste place dans une page contact dédiée où la politique de réponse aux mails soit clairement établie : pas de consultation en ligne, pas de diagnostic en ligne, pas de conseils trop personnalisés pour des personnes que le médecin ne connaît pas.
L’ordre national des médecins a d’ailleurs pris position sur le sujet dans les articles 35, 20 et 80 du code de déontologie.
Il existe de nombreux sites santé sur Internet mais peu d’entre eux bénéficient d’une surveillance médicale de ce qui y est dit ni une réactivité suffisante pour les rendre vraiment attractif.
L’avantage indéniable du forum c’est qu’une question posée par ceux qui ont eut le courage d’écrire se trouvera traitée pour le plus grand bénéfice des malades qui n’auront pas osé écrire.
Le forum permet également une modération des propos qui évite qu’un auteur minoritaire (secte ou autre prosélyte) ne vienne asséner sa vérité aux autres : toute opinion est bonne à dire tant qu’elle ne se fait pas exclusive.
Quelques forums santé :
généraliste : http://www.atoute.org/
allergies : http://www.allergique.org/forum.php3
autres forums des mmt : http://www.mmt-fr.com/forums/forums.htm
Ces forums sont gérés par des médecins et assurent ainsi une qualité professionnelle des réponses sans dogme ni extrêmisme. Ils ne sont pourtant qu’une aide supplémentaire au malade et s’intègrent dans une nouvelle façon de penser la relation médecin/malade
La liste de discussion reprend le principe du forum avec des échanges qui sont reçus de tous les membres ainsi invités à réagir et à donner leur avis sur les nouvelles questions qui se posent.
Plus il y a d’inscrits, et de participants, à une liste de discussion plus son contenu se trouve être le reflet de l’opinion générale et des connaissances du moment.
A contrario, le fait qu’il y ait peu d’inscrits permet un contenu plus pointu mais en contrepartie c’est aussi la voie vers une dérive possible vers des avis non fondés ni consensuels.
L’avantage indéniable de la liste de discussion c’est son usage au travers du mail qui en rend finalement l’utilisation plus aisée puisque tous les utilisateurs d’Internet ont fait leurs armes avec le courrier éléctronique.
Finalement, beaucoup de listes de discussions finissent par avoir des interfaces web et les forums sont relayés sur le mail ce qui rend leur différenciation de plus en plus difficile au point que même les forums usenet à l’origine uniquement liés au mail sont visible avec des interfaces web.
Soigner par Internet ce n’est définitivement pas possible : la relation humaine médicale, physique, intellectuelle qui permet un échange au travers des gestes, de la culture, du vécu et de la reconnaissance mutuelle ne pourra jamais être totalement remplacée par une relation électronique.
L’Internet est pourtant devenu un partenaire incontournable dans l’information santé des malades et des confrères : c’est le lieu du second avis, le lieu de l’explication et de l’écoute.
Pour conclure, je dirais à cette maman perdue que ce texte je l’ai écrit pour elle, non pas pour critiquer son raisonnement : même s’il est faux, il est compréhensible. Mais plutôt pour lui expliquer ainsi qu’aux autres malades qu’il n’y a pas de réponse absolue à ces problèmes et que l’Internet ne pourra jamais résoudre une situation aussi compliquée : faites confiance au médecin avec qui vous vous entendez bien, écoutez le, complètez son avis de celui de confrères au travers des forums Internet et enfin, remettez en cause les avis des médecins vus si ils ne produisent pas le résultat escompté.
Aucun médecin n’est infaillible, mais l’avis d’un médecin en matière de santé sera toujours meilleur que celui d’une page web perdue sur Internet
Bonjour,
Je souhaite réagir à une partie seulement de votre raisonnement ; vous dites que "la relation humaine" est essentielle dans le rapport entre le patient et son médecin. Celà est bien vrai, mais malheureusement bien peu fréquent... Que dire de cette relation dans les "cabinets d’abattage", notamment chez certains spécialistes, ou durant le 1/4 d’heure chronomotré que dure la visite, 5 minutes au moins sont consacrés au "dialogue", celui-ci ayant pour but surtout de remplir au plus vite le bilan que se dépêche de taper la secrétaire...Au suivant !
Bien sûr, Internet ne semble pas pouvoir remplacer cette dimension humaine, que je souhaite voir appliquer réellement dans tous les cabinets. Mais si beaucoup de gens semblent vouloir consulter quelqu’un sur Internet, c’est peut-être aussi pour certains, symptomatique de ce qu’ils n’arrivent pas à trouver dans la consultation "classique".
J’ai pour ma part de plus en plus l’impression qu’il faut se documenter avant de consulter, pour faire la part des choses dites et non dites, et celà me navre de savoir qu’à 400 € de l’heure (cardiologue p. ex.), je serai traité à la diable, comme les 30 personnes ayant toutes le rendez-vous à la même heure...
Que dire aussi du sens humain de certains chirurgiens rencontrés çà et là, qui font attendre les mêmes 30 patients,tous "convoqués" à la même heure, et qui se pointent dans leur belle auto avec 3 heures de retard sans même un mot d’excuse aux patients (qui les font vivre pourtant grassement).
Je ne fais pas ici le procès de tous les médecins, je souhaite simplement rappeller ici que la relation humaine évoquée dans vos propos est souvent absente, et que bon nombre de patients ne sont même pas traités comme les clients qu’ils deviennent...
Heureusement il reste encore des "purs" (notamment chez les hospitaliers) mais pour combien de temps ? On sait ce qu’il en est des restrictions budgétaires de tout poil, sauf pour les consultations d’ailleurs...
Alors pour toutes ces raisons, pourquoi ne pas réfléchir aussi à un autre mode de consultation ? Celui-ci peut fournir l’occasion d’un réel échange, car on est bien forçé de lire jusqu’au bout et de questionner ensuite. De plus il y a la vidéo, le son possibles, mais bien entendu difficile avec ces techniques de prendre la tension... Reste qu’avec les techniques actuelles, il est tout à fait envisageable de faire soi-même certaines prises de paramètres ; celà suppose toutefois une éducation à la santé solide, chose qui n’est pas encore hélas à l’ordre du jour, mais qui réduirait pourtant considérablement le gouffre de la sécu.
merci de votre attention
cordialement
Chmuz, un patient parfois, JAMAIS un client !
Oh c’est vraiment un cochon ce Dr Auriol
(Je sais mon intervention va faire tache parmis les messages suivant ce bel article)
"Pour un site d’étudiant en médecine" ... il pourrait dire lequel
Et plus loin il donne le paragraphe recopié en bas de chacune des pages de son site ... sans dire où il a été le copier initialement
Bref, c’est vraiment un gros méchant cet homme là :D
Attention Dr Philippe, je vais la ressortir cette vilaine photo 
Sinon plus sérieusement, je ne sais pas où vous en êtes avec le harcélement (désespéré) des patients mais on me téléphone parfois à mon domicile perso pour prendre un rdv avec moi pour un problème "anatomique" lié à une fracture ancienne douloureuse, à un déficit moteur etc etc ...
J’ai un peu secoué le dernier, un homme apparement très bien, en lui disant :
que si tous les visiteurs de mon site faisaient ca, il allait falloir que j’ouvre un standard.
que s’il faisait confiance à la moindre page web d’un type qui n’est même pas dans les pages jaunes comme médecin, alors il allait lui arriver des carabistouilles ...
Enfin bon, tout ca montre surement le peu de concidérations et le peu d’explication qu’on peut donner dans certains cas à nos patients ...
B.
T’as raison "B" : le paragraphe écrit (eh j’ai jamais dit que j’en avais la propriété !) : c’est bertrand B. qui l’a écrit (enfin je pense...) et le site en question c’est http://allergie.remede.org/ créé pour http://www.remede.org/ au temps où nous espérions que des étudiants en médecine seraient intéressés sur le net par autre chose qu’une photo de la midinette qu’est dans la même fac 
Alors vas y berti
sors là ta photo...moi je l’ai plus (mais chsui toujours aussi nul en graphisme celà dit...)
Bonjour,
Bien qu’étant d’accord avec l’essentiel du message de Philippe Auriol, je voudrais réagir sur sa conclusion péremptoire : "Soigner par internet, ce n’est définitivement pas possible".
Il n’y a pas une consultation médicale, mais plusieurs. Citons en vrac la consultation pour symptôme urgent, la consultation administrative, celle de médecine préventive, de renouvellement de traitement, d’exécution d’un geste ou d’un examen technique, le staff sur un cas difficile...
Certaines ne sont pas réalisables sur internet, dans l’état actuel de la technique (1). D’autres peuvent l’être sans perte notable de qualité (2). Quelques-unes sont difficilement imaginables sans l’aide de ce média (3).
(1) Rhumatologue, je suis bien placé pour confirmer que la majeure partie des consultations ne peut se faire sans toucher le patient : c’est le début du traitement : compréhension de l’origine de la douleur, manoeuvres physiques calmantes, conseils pour des exercices d’entretien.
(2) Exemple d’un patient avec hypertension artérielle essentielle bien équilibrée et s’offrant pour 60€ son tensiomètre à domicile. Y aurait-il une perte de qualité s’il envoyait son chiffre tensionnel à son médecin par email pour bénéficier du renouvellement d’ordonnance, avec une vraie consultation complète tous les 6 mois, plutôt que consulter tous les 2 mois pour prise de tension et ordonnance en 10mn chez le médecin ?
(3) Une histoire difficile. Il y a en beaucoup en rhumato. Dès que l’on a affaire à une pathologie mal codifiée, 2 médecins consultés = 2 avis différents. Les solutions actuellement utilisées : l’avis d’un autre spécialiste (pas facile en zone rurale), le staff hospitalier (pas économique s’il y a hospitalisation), l’avis d’un prof (pas rapide), les forums de discussion internet (on en parle juste après), et la consultation par internet.
Celle-ci a quelques avantages : pour le patient, la possibilité de poser toutes les petites questions complémentaires que l’on a dans la tête dès que l’on est sorti de la consultation ; pour le médecin, il peut réfléchir à tête reposée sur un mail (pas de salle d’attente pleine à côté), il peut en discuter avec des confrères participant au même site, ou hyperspécialisés et lointains, il est plus facile de consulter parallèlement une documentation spécialisée en ligne. Enfin les patients exposent leurs symptômes d’une façon plus objective, moins émotive. On pourrait imaginer le contraire, que certains cherchent à se fabriquer une pathologie virtuelle. Mais il y a en fait beaucoup moins de bénéfices secondaires à attendre de ce type de comportement sur le net, vis à vis d’un type que l’on ne rencontrera sans doute jamais, et que l’on paye de sa poche pour résoudre ses problèmes... Il faut bien sûr avoir tous les éléments en main, en particulier les comptes-rendus d’une ou plusieurs consultations médicales préalables, ce qui est devenu plus facile depuis la loi sur la communication du dossier au patient.
La consultation de staff est à mon avis parfaitement réalisable sur internet. J’en ai l’expérience depuis environ un an puisque Rhumatologie Pratique comporte une section abonnés où il est possible de poser des questions personnelles. La demande est stéréotypée : ce sont des patients qui ont eu de multiples avis sur une maladie qui continue à leur poser problème sans explication claire. Ma réponse n’est pas un premier avis et je demande clairement aux abonnés qu’elle ne le soit jamais.
La plupart ont des problèmes courants sur lesquels les confrères sont mal formés : douleurs musculo-squelettiques en panne de traitement de fond. Ils ont des réponses pratiques à toutes les questions rarement traitées dans la consultation médicale classique : on ne peut pas expliquer la physiopathologie détaillée d’une maladie à chaque fois. Le taux de satisfaction de mon (petit) nombre d’abonnés est très élevé, supérieur dirais-je à celui de mes patients classiques.
Pour que ça marche à plus grande échelle, il faut clairement que l’avis médical par internet accepte une évaluation indépendante pour garantir sa qualité. En pratique cela arrivera sûrement bien avant que la consultation classique le fasse...
Les forums de discussion sont catastrophiques si l’on parle de diagnostiquer en ligne : par définition n’importe qui peut intervenir quelle que soit sa compétence. C’est ce qui se passe actuellement pour beaucoup de sujets sur le net : la quantité finit par faire la référence. Ce qui m’a convaincu de faire un site rhumatologie, c’est qu’en tapant arthrose dans n’importe quel moteur de recherche, j’étais dirigé 9 fois sur 10 sur des vendeurs de poudres de perlin-pimpin. Le profane qui intervient sur un forum de discussion est guidé par son expérience personnelle, sur laquelle il ne porte pas facilement un regard objectif. Comment savoir si la personne qui vous répond n’est pas un grand paranoïaque (certains ont d’ailleurs fait de très célèbres profs de médecine) ou plus banalement l’un de ces vendeurs de poudres de perlin-pimpin ? Il faudrait un très grand nombre de réponses... et un bon statisticien, pour tirer quelque chose d’un forum général sur un diagnostic personnel.
Loin de moi l’idée de déclarer les forums inutiles. Leur rôle est ailleurs. Dans le réconfort, la comparaison d’expériences personnelles, la réalisation d’actions collectives (sensibilisation des pouvoirs publics à certaines pathologies...). Des gens donc qui connaissent leur diagnostic et qui ont besoin d’en parler. Il s’agit ici du phénomène largement répandu sur internet de chercher sa "tribu". Cela n’a aucun rapport avec le diagnostic médical en ligne qui, je crois, n’est pas destiné à remplacer la consultation médicale classique mais à la compléter très utilement.
Cordialement,
Philippe Auriol pose une question intéressante : Y aurait-il une perte de qualité s’il envoyait son chiffre tensionnel à son médecin par email pour bénéficier du renouvellement d’ordonnance, avec une vraie consultation complète tous les 6 mois, plutôt que consulter tous les 2 mois pour prise de tension et ordonnance en 10mn chez le médecin ?
Réponse : non seulement il n’y a pas de perte de qualité. C’est le sens de l’histoire actuelle. Au delà de l’envoi volontaire des chiffres par email, Il existe déjà des tensiomètres permettant de communiquer instantanément par téléphone ou sans fil les données quotidiennes du patient envers une page web sécurisée, accessible par le professionnel.
Bien entendu, ceci demande une organisation spécifique...mais à l’avenir, nous ne pourrons pas faire l’économie de la méthode.
Le bénéfice est multiple : possibilité pour le professionnels de santé de réagir rapidement, pour encourager le patient de poursuivre, pour relancer en cas de non-observance de traitement, pour convenir d’un rendez-vous plus adapté à la situation clinique réelle.
Des exemples français existent. Comme le souligne la réponse ci-après de Frank Tusseau, les modèles économiques doivent être adaptés aux stratégies de santé que nous souhaitons encourager. Le paiement à l’acte, sans acte défini, s’oppose à l’avancement du télémonitoring.
Je ne pense pas que le suivi d’un malade connu et déjà diagnostiqué pose problème : l’internet sera alors un moyen de prolonger le soin.
Par contre, dans le cadre de la prise en charge d’un malade in extenso du primum movens : l’internet est définitivement insuffisant à mon avis.
Pour avoir vécu une maitrîse de sciences "en ligne" (par Internet) durant trois ans, je vous assure qu’il y a une différence énorme entre un dialogue éléctronique et un dialogue en tête à tête.
Les différences de culture, de terminologie, la spontanéité de la rencontre réelle, les regards, les gestes apportent des informations qui permettent de vraiment comprendre la personne qui est en face de vous et que vous n’aurez jamais dans un mail : la poussée de tension du malade isolée du contexte de vie ne veut pas dire grand chose, nous ne soignons pas des chiffres mais des malades !
Et je ne parle pas de l’examen clinique "à distance" 
Alors je maintiens "e-soigner" est impossible, mais par contre participer au soin du malade avec l’aide d’Internet : c’est non seulement possible mais...c’est ce que nous faisons tous !
Depuis le suivi de variables biologiques au commentaire à distance du malade en voyage à l’autre bout du monde, ou de la réorientation d’un diagnostic apparemment mal posé.
Bonjour,
Je partage l’ensemble des propos de Philippe Auriol et voudrais souligner un ’détail’ d’ordre économique.
Sans qu’il s’agisse d’une consultation vraie (impossible légalement sans examen clinique), je n’ai aucun doute sur le fait qu’on peut apporter en ligne un vrai service de qualité consitant à fournir des liens fiables dans une approche EBM utile au patient. Je le fais régulièrement pour certains de mes malades, en particulier pour des maladies chroniques (HCV, Crohn,...)
Fournir ce travail justifie rétribution, surtout pour des médecins classiquement très occupés. Cela n’a rien à voir avec la moralité mais avec l’équilibre du modèle économique, donnée essentielle à la pérénité de la plupart des actions humaines. J’exclue évidemment le cas du médecin rentier fortuné et passionné d’Internet...
Or, le second paragraphe de l’article 53 du Code de Déontologie (lien ci-dessous) ferme la porte à toute rémunération pour ce type de travail. Le CNOM avait annoncé sa modification il y a 2 ans mais ne l’a jamais faite, peut-être par crainte des dérapages.
Le modèle consiste donc obligatoirement à fournir un service gratuit au public avec rémunération du médecins par un tiers. Il peut s’agir de la société ou de l’institution exploitant le site mais celles-ci, hors subventions publiques improbables dans le contexte actuel, doivent bien se rémunérer d’une manière ou d’une autre. On sait ce qu’il est advenu des sites commerciaux qui acceptaient de financer des services à perte...
Au delà de toute notion éthique ou médicale, il me semble donc que l’économie a tranché le débat de manière pragmatique. La notion de réponse virtuelle personnalisée ne peut avoir d’existence en l’état actuel des contingences de... la vie réelle 