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Publié le : 6 janvier 2007
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Auteur :
Jean-Pierre Legros

Jean-Pierre Legros
L’avenir du médecin

 

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Dr Ventrecreux

 Evolution majeure de l’exercice médical.

De grands bouleversements ont déjà eu lieu, presqu’à l’insu du médecin. Notable scientifique artiste et cultivé jusqu’au siècle dernier, enquêteur du hors naturel, pionnier défrichant à tâtons le vaste champ des maladies étranges : elles traçaient des sillons macabres dans les rangs de la population. Situation acceptée avec fatalisme. On n’avait jamais rien connu d’autre. Ce fut pur bonheur quand on commença à ne plus mourir de la moindre infection. Les miracles se sont multipliés. Ils sont devenus la norme. L’échec se fait rare. Il devient une faute. Les gens s’émeuvent davantage d’un décès qui survient bien moins souvent. Déception entraîne recherche de responsabilité. La relation médecin-patient s’est nettement raidie. Le malade ne cherche plus celui qui va aider, mais celui qui ne va pas faire de faute. La position du praticien est devenue inconfortable. C’est une raison majeure du malaise médical alors que les revenus ne diminuent pas. Les médecins cherchent à travailler moins, parce que le travail est devenu moins plaisant. Evolution identique au corps enseignant : les profs, anciens gardiens de troupeau débonnaires, sont à présent soumis à une obligation de formatage et de remplissage de tête par les parents de leurs ouailles. Inconfortable.

 Les malades sont informés.

Bientôt, ils seront mieux informés que le médecin. La capacité d’une boîte crânienne n’augmente pas exponentiellement comme celle des disques durs et des informations disponibles sur le net. Le patient aura tout lu sur le sujet qui le concerne, tandis que le médecin doit lire sur tous les sujets. Il va perdre la bataille du savoir. L’expérience ? Il se trouve en concurrence avec ceux qui ont la meilleure expérience de la maladie : les patients guéris. Présents en nombre croissant sur les forums, ils seront en outre de mieux en mieux capables de comprendre comment ils ont guéris. L’information fondamentale devient accessible. Imaginez que Wikipédia couvre en détail tous les symptômes et maladies. C’est dans un forum que se retrouvera une expérience médicale beaucoup plus vaste que chez n’importe quel praticien. C’est dans ce cabinet virtuel qu’un patient a le plus de chances de trouver une histoire strictement identique à la sienne. Résolue.

 Le médecin maintient sa place

pour des raisons précises :
 L’examen clinique. Difficile de s’examiner sans entraînement. L’habileté manuelle, lentement acquise, est un bon garde-fou contre les amateurs. Mais les progrès des examens complémentaires le fragilise. Sera-t-il encore nécessaire d’examiner un organe quand on pourra en faire une maquette en 3 dimensions, mobile, et que des logiciels en analyseront la moindre anomalie ?
 Le monopole. Prescription d’examens complémentaires coûteux, de médicaments, d’arrêts de travail, numerus clausus. La position du médecin repose de plus en plus sur le monopole. Mais celui d’un secrétaire médical fonctionnarisé. C’est fragile. La mondialisation bousculera tôt ou tard tous les monopoles. Si derrière il n’y a pas un solide apport de services, de cruelles désillusions sont à prévoir. On vient de le voir avec le déremboursement partiel de certaines consultations. Les patients ont porté un jugement sur leur contenu, ont constaté que nombre d’entre elles étaient fort creuses, et des cabinets se sont désertifiés.
 Les gestes techniques. Le meilleur rempart pour les médecins. Mais ils sont coûteux et la mondialisation met en concurrence les chirurgiens comme auparavant les industriels. Le dépassement d’honoraires d’un chirurgien en France est le coût de l’opération en Thaïlande. Les gestes techniques de proximité semblent mieux protégés. Mais faut-il 12 ans d’études pour manipuler une machine, qui à l’aide de programmes d’intelligence artificielle, sera de plus en plus capable de faire seule le compte-rendu ? La future sécu ou plus probablement les compagnies d’assurance ne préféreront-elles pas implanter des centres de diagnostic employant des techniciens et un "superviseur médical" qui validera les prescriptions ?
 Les services. C’est le véritable avenir du médecin : la petite entreprise de fourniture de services de proximité à la demande. Que pourront se payer ou non les patients. Fin de la médecine de solidarité. La migration est déjà entamée : modes d’exercice particuliers, soins esthétiques, coaching, statisticien (la profession de chercheur s’est fortement rétrécie), maitres-toile...

 Qu’apportez-vous réellement ?

Tous les médecins doivent dès à présent s’interroger sur le contenu de leur consultation. Vous remplissez des papiers toute la journée : en libéral, soucis à l’horizon (seule exception : les expertises). Vous êtes devenu un fonctionnaire de la sécu. Mais sans les avantages du fonctionnaire alors que vous avez perdu ceux du libéral. Cherchez un emploi salarié. Si vous ne pratiquez que des placebothérapies (ce n’est pas vous, mééé lisez quand même) enrichissez votre art de techniques validées et de médecine d’urgence. Le placebo et les stimulothérapies traitent beaucoup de choses mais pas tout. Même en spécialité, ajoutez des cordes à votre arc, pour limiter vos déceptions thérapeutiques. Psychanalyste, tâtez des autres psychothérapies, rhumatologue spécialiste de l’aiguille, intéressez-vous aux traitements manuels. Tout marche, mais rien ne marche sur tout. C’est la seule certitude en médecine.

 L’avenir du médecin,

c’est le conseiller médical. C’est moins risqué que l’ultra-spécialisation. Les deux d’ailleurs ne s’excluent pas. Le bon conseiller doit faire partie d’un réseau. Et être lui-même destinataire pour une technique particulière. Votre succès reposera sur l’éventail complet de vos prestations, en particulier lors de la consultation (article en préparation). Il y a 20 ans, cela faisait mauvais effet d’ouvrir une bible médicale pendant une consultation (il "sèche"). Aujourd’hui, la majorité des gens seraient ravis que vous les aidiez à faire une recherche internet sur leur maladie. Avec quelques adresses sélectionnées, ils glaneront plus de renseignements qu’’à vous écouter un quart d’heure (qu’auront-ils retenu ?). Le tremblement de terre n’est pas terminé...




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